Face à 20 ans d’impunité des géants du numérique, des solutions concrètes existent pour appliquer le droit et envoyer un message clair à tous et toutes : les gros réseaux sociaux et jeux vidéo produits sont nocifs et nous réussirons à en protéger les jeunes.
Depuis près de deux décennies, les grands acteurs du numérique américains bafouent systématiquement les lois nationales protégeant les mineurs et les citoyens.
- Jeux de hasard et d’argent déguisés en applications innocentes pour les tout-petits,
- Algorithmes de recommandation conçus pour créer une addiction comparable à celle de l’alcool ou des drogues (scroll infini, autoplay, recommandations ciblées),
- Algorithmes de recommandation conçus pour exposer des enfants à des contenus violents, choquants ou sexuels
Les grandes plateformes numériques Instagram, WhatsApp, YouTube, TikTok et SnapChat entre autres, ont transformé l’espace en ligne en un terrain de non-droit, au mépris des alertes répétées des parents, des médecins, des intellectuels, acteurs terrain et des chercheurs.
Dès 2018, ces derniers tiraient la sonnette d’alarme : les médias sociaux génèrent une crise sans précédent de santé mentale et d’érosion des capacités d’attention chez les jeunes – et les moins jeunes. Pourtant, ce n’est qu’en 2026 que les gouvernements du monde entier commencent à réagir, en envisageant d’interdire l’accès des mineurs de moins de 16 ans aux réseaux sociaux et en réglementant l’industrie du jeu vidéo.
La Proposition de Loi Canadienne de Juin 2026
Le gouvernement canadien de Mark Carney a proposé une loi C-34 le 10 juin visant à supprimer les aspects dangereux des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. La loi est malheureusement très vague sur les mesures de sûreté adéquates qui leur permettraient d’être exemptées de l’interdiction pour les moins de 16 ans.
Le tout serait déterminé par une nouvelle Commission de la sécurité numérique en consultation avec les plateformes après l’élaboration de règlements.
🤔 Imaginez-vous un dealer, ou un distributeur d’alcool se mettre miraculeusement à proposer des vitamines ou du jus de fruits ?
😲 Imaginez-vous le dispositif à mettre en place, aux frais des contribuables, pour veiller à l’arrêt des comportements nocifs d’Instagram, WhatsApp, TikTok, Snapchat et YouTube, pour citer les principaux?
La Société victime du lobbying efficace des géants du numérique au titre d’une approche équilibrée ?
Il est temps d’arrêter de chercher une approche raisonnée avec les éditeurs américains de réseaux sociaux ( Meta, Google et TikTok) et de nombreux jeux vidéo (Roblox, Epic Games) ciblant les jeunes.
Leur demander de collaborer à la régulation est irréaliste.
Malgré le peu d’impact prévisible de cette loi, des voix s’élèvent encore pour remettre en cause l’utilité d’interdire, alors que plus de 70 % des parents au Canada (et dans les autres pays du monde) les soutiennent ardemment.
Reconnaitre enfin la crise de santé mentale induite par un numérique hors la loi:
Il est temps d’arrêter de chercher des aspects en faveur des réseaux sociaux et nombreux jeux vidéo pour les jeunes.
Interdire les gros médias sociaux actuels et les IA génératives aux mineurs enverrait un message clair à tous les citoyens, comme on l’a fait pour l’alcool, la cigarette et la drogue: ces produits sont nocifs et ne sont pas à prendre à la légère.
Cette mesure s’impose d’autant plus que :
- Les médias amplifient les tendances promues par des influenceurs auprès des jeunes ;
- Les parents et grands-parents, soucieux de rester « à la page », offrent trop souvent des appareils dernier cri à leurs enfants, sans mesurer les risques ;
- Les professionnels de santé (médecins, urgentistes) sous-estiment encore l’impact des habitudes numériques sur la santé mentale et physique des jeunes ;
- Les jeunes et enseignants normalisent entre eux des comportements problématiques, par manque d’alternatives ou de prise de conscience.
Reconnaitre la possibilité et l’urgence de reprendre le contrôle du far ouest numérique:
Contrairement aux idées véhiculées par les lobbyistes des géants numériques, des outils concrets permettent d’agir dès maintenant :
✔ Vérification de l’âge en ligne : des méthodes sans transmission de pièce d’identité existent déjà et pourraient être généralisées, soit via un tiers de confiance, soit via l’OS du téléphone.
✔ Système de signalement citoyen : un dispositif collaboratif, couplé à des amendes dissuasives par infraction, pourrait contraindre les plateformes à modifier leurs pratiques sans requérir des dépenses massives de supervision publique.
Plutôt que de compter sur l’autorégulation des géants du numérique – des acteurs hors-la-loi depuis trop longtemps –, il est temps d’appliquer la loi, avec l’implication de la société civile, qui souhaite sortir de ce cauchemar.
Appel à un débat constructif et urgent sur comment interdire ces produits nocifs :
Il est temps de passer de la question du « faut-il interdire? » à celle du « comment interdire ? ».
Pour y parvenir, un dialogue large et inclusif s’impose, associant :
- Les chercheuses et chercheurs plaidant pour une action comme Maude Bonenfant et Carolanne Campeau
- Les acteurs du numérique engagés pour un numérique bénéfique comme Age Standard ;
- Les acteurs des télécoms, partenaires naturels de la protection des mineurs ;
- Les parents et les jeunes, premiers concernés ;
- Les institutions de santé publique, comme l’INSPQ ;
- Les acteurs citoyens menant des efforts d’éducation comme Techno Etik et le CIEL.
Tout comme à l’ère du COVID, nous avons développé un vaccin en un temps record, retroussons-nous les manches maintenant pour trouver comment mettre fin à cette impunité et offrir aux enfants québécois et canadiens un environnement numérique sûr, sain et responsable.
A propos de Techno Erik/ Tech For Good Canada:
Nous sommes une OBNL militant depuis 2019 pour un numérique bénéfique: démocratique et souverain. Notre responsable anime un balado francophone depuis 2022, Derrière nos Ecrans, pour évoquer l’impact du numérique sur nos sociétés, à la fois au Canada et en Europe.
Quelques épisodes récents éclairent particulièrement les débats à l’oeuvre au Canada sur la régulation des réseaux sociaux et jeux vidéo:
– Carolanne Campeau: Prévenir l’hyperconnexion au Québec avec Pause



